- Ecole militaire d'infanterie cherchell - 1942 - 1962

LA VILLE MODERNE

La ville moderne n’occupe qu’une petite partie de l’antique Césarée dont l’espace de 2,5 km sur 1,5 km, bordé par un enceinte de remparts était notablement plus étendu. Entre les thermes de l’Est et ceux de l’Ouest, la ville s’étend face à la mer au pied de pentes verdoyantes. Le paysage est typiquement méditerranéen et rappelle la Grèce, l’Italie ou la Provence
Des andalous se sont installés à Cherchell, fin du XVe siècle. La Grande Mosquée, dite aux cent colonnes est occupée par l’Hôpital militaire et actuellement civil. Une famille venue du Maroc, les Ghobrini, dont le plus connu est Sidi Brahim, exerça une autorité morale et religieuse : les koubbas des membres de cette famille sont sur la route d’Alger, à l’entrée de Cherchell
Cherchell fut occupée par les français en 1840.Une nouvelle enceinte fut construite épousant les contours de la ville moderne
Depuis l’indépendance de l’Algérie, l’église dont la façade est constituée de colonnes romaines est devenue mosquée. Et l’École est devenue Académie Militaire Interarmes formant les cadres de l’Armée Algérienne.

La place romaine, très belle avec sa fontaine qui en occupe le centre et ses beaux arbres, des belombras originaires d’Amérique du Sud, au tronc épais et torturé

La rue Césarée traverse tout le centre ville d'Est en Ouest

Le port, l’îlot Joinville et le phare (carte postale ancienne) Joinville, du nom de François-Ferdinand d’Orléans, prince de Joinville troisième fils de Louis-Philippe et frère du Duc d’Aumale. Vice-amiral il participa en 1840 au transfert des cendres de Napoléon 1er

Le phare, d'une hauteur de 28,6 m à partir du sol et de 34m à partir du niveau de la mer, a été construit avec de la pierre provenant d'une carrière de Marseille



Le port et le phare (photo 2006)

L'église devenue mosquée avec ses colonnes surmontées de chapiteaux ioniques

L'Ecole dans la ville (en rouge tout ce qui dépend de l'école)

			              

L'ancien blason de la ville - Le nouveau blason


La fontaine est décorée de quatre têtes, moulages d'oeuvres originales qui sont au musée

Entrée de Cherchell: au fond l'école (photo récente)

Académie militaire interarmes algérienne

L’Académie interarmes de Cherchell
Dès l’indépendance, l’école dont la situation géographique offrant des terrains d’entraînement variés n’a pas échappé aux responsables algériens de l’époque, a été utilisée pour la formation des premiers officiers algériens. L’école comportait aussi des bâtiments quasiment neufs et modernes remis par les français aux algériens.
L’Académie militaire dispense aujourd’hui trois types de formation :
D’abord, elle assure l’entraînement militaire au cours d’une année préparatoire, de tous les élèves officiers des trois armes : terre, mer, air.
Ensuite, les élèves rejoignent leurs différentes écoles pour y poursuivre leurs études. A Cherchell, les élèves ayant opté pour l’armée de terre suivent une formation de trois ans à l’issue de laquelle ils obtiennent le grade de lieutenant avant de rejoindre les unités où ils sont affectés.
Enfin, une formation dite d’état-major est destinée aux officiers déjà en exercice. Il s’agit de parfaire leurs connaissances et de les préparer à occuper des postes supérieurs.

Le centre ville, l'ex-église et les bellombras (photo Arthus Bertrand)


Une maghrébine à l’Académie française

Madame Assia Djebar, (de son vrai nom : Fatima Zohra Imalhayène) romancière d’expression française et cinéaste, est née à Cherchell le 
4 août 1936.Elle est fille de Tahar Imalhayène, instituteur, et de Bahia Sahraoui, de la famille des Berkani du Dahra (1).

Du côté maternel, la famille El Berkani commandait la partie orientale de la tribu des Beni Menaceur (2), au sud de Cherchell. 
Son aïeul, Mohammed Ben Aïssa el-Berkani, fut Khalifa (lieutenant) de l’Emir Abdelkader à Médéa, dans le Titteri (1835). 
L’arrière-grand-père, le Cheikh Malek Sahraoui el Berkani, neveu du Khalifa et caïd des Beni Menaceur, prend la tête en juillet 1871 
d’une rébellion, parallèlement à la révolte d’El Mokrani en Kabylie. Il est tué au combat le 2 août 1871.

Juin 1955 : admise à l’École normale supérieure de Sèvres.

19 mai 1956 : l’UGEMA (Union Générale des Étudiants Musulmans Algériens) décide de la grève des cours et des examens. 
Répondant à cet appel Assia Djebar ne passe pas ses examens.

1957, premier roman, "La Soif" suivi par "Les Impatients" en 1958.

Mars 1958, continuant à faire la grève des examens, la directrice la contraint à quitter l’École.

Journaliste en Tunisie, professeur d’histoire du Maghreb  à la faculté des lettres de Rabat, puis à l’université d’Alger. 
Elle s’établit ensuite en France et aux Etats-Unis où elle enseigne (Louisiana State Institute puis à l’Université de 
New-York), tout en poursuivant son œuvre : romans, poésies, nouvelles, essais, cinéma .Madame Djebar est la réalisatrice 
en 1978 d’un film, « La nouba des femmes du Mont Chenoua » traitant de la condition féminine à travers le présent et le 
passé, celui en particulier de la lutte pour l’indépendance algérienne, où sons et musiques se mêlent dont celle de Bêla Bartók .
Ce film obtint le Prix de la Critique internationale à la Biennale de Venise en 1979.

Elle reçoit de nombreuses autres récompenses et prix littéraires, docteur Honoris Causa de plusieurs Universités. 

Traduite en 23 langues.

Docteur ès lettres de l’université de Montpellier.

Elue à l’Académie Royale de Belgique en 1999.

Premier écrivain d’origine maghrébine à être élue à l’Académie française le 16 juin 2005, elle y a été reçue le 22 juin 2006.

Dans son discours de réception à l’Académie elle fait selon l’usage l’éloge de son prédécesseur le professeur de droit Georges Vedel. Mais Madame Assia Djebar glisse quelques réflexions concernant l’Algérie et notamment :

« Mesdames et Messieurs, le colonialisme vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie ! » Elle rappelle, qu’en pleine guerre d’Algérie, elle a bénéficié de chaleureux dialogues avec Louis Massignon, islamologue, Charles André Julien, doyen de l’Université de Rabat, Jacques Berque, sociologue et arabisant. Elle cite également Gaston Bounoure, le poète Pierre Emmanuel et deux femmes qui lui avaient communiqué la force d’être un auteur d’écriture française, Madame Blasi,au collège de Blida et Madame Dina Dreyfus, son professeur de philosophie en khâgne au lycée Fénelon à Paris. Elle dit également sa reconnaissance à Germaine Tillon pour ses travaux dans les Aurès, son action de dialogue pendant la guerre d’Algérie et son livre "Le harem et les Cousins" Elle déplore de n’avoir pu perfectionner son arabe classique cet enseignement n’étant pas dispensé à l’ENS de Sèvres. Parlant du français, elle déclare : « La langue française, la vôtre, Mesdames et Messieurs, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour : ce que je voudrais esquisser, en cet instant où je demeure silhouette dressée sur votre seuil. » Elle dit avoir eu la sensation «presque physique » que les portes de l’Académie « ne s’ouvraient pas pour moi seule, ni pour mes seuls livres, mais pour les ombres encore vives de mes confrères - écrivains, journalistes, intellectuels, femmes et hommes d’Algérie qui, dans la décennie quatre-vingt-dix ont payé de leur vie le fait d’écrire, d’exposer leurs idées ou tout simplement d’enseigner... en langue française. » … « Depuis des décennies, cette langue ne m’est plus langue de l’Autre-presqu’une seconde peau, ou une langue infiltrée en vous-même son battement contre votre pouls, ou tout près de votre artère aorte, peut-être aussi cernant votre cheville en nœud coulant, rythmant votre marche (car j’écris et je marche, presque chaque jour dans Soho ou sur le pont de Brooklyn)…Je ne me sens alors que regard dans l’immensité d’une naissance au monde. Mon français devient l’énergie qui me reste pour boire l’espace bleu gris, tout le ciel. » Elle évoque trois grands auteurs d’origine berbère mais de langue latine (la langue de l’Autre), Apulée, né à Madaure (sud de Souk-Ahras), 125 apr. JC, Tertullien, né à Carthage, 155 apr. JC et Augustin, né à Thagaste, (Souk-Ahras), en 354 apr. JC.
Durant cette antiquité tardive, cette partie de l’Afrique du Nord s’appelait la Numidie (du grec nomados, qui fait païtre, nomade) et constituait une province de l’Empire romain, peuplée de berbères plus ou moins latinisés et christianisés. Vinrent quelques siècles plus tard, à partir de la seconde moitié du VIIe siècle et surtout vers le milieu du XIe siècle avec les invasions hilaliennes, d’autres « colonisateurs », les Bédouins d’Arabie. La langue de l’Autre, pour les berbères, devint l’arabe et leur religion l’Islam.

Extraits du discours de réception en réponse de Pierre-Jean Rémy*

« Je sais qu’il peut être difficile d’évoquer le destin d’une Algérienne dont tant de frères sont morts sous des balles françaises – ou pire encore – alors même que nous avons des frères – pour moi, c’était un cousin qui m’était comme un frère – morts sous les balles algériennes– ou pire encore..» « Vous avez vu le jour dans l’ancienne Césarée des Romains, fameuse pour ses mosaïques, qui devint, pendant une autre guerre, le haut lieu de la formation de ce qu’on appelait alors les « élèves officiers de réserve » de l’armée française, les EOR dont il se fallut de peu que je fasse partie. » « Tahar Imalhayène, votre père, était le fils d’un Algérien qui, ruiné en 1871, s’enrôla en 1884 dans les spahis, se battit pour la France au Tonkin et participa même, en grand uniforme, à la garde d’honneur qu’on réunit à Paris pour accueillir le tsar de toutes les Russies. Et c’est retraité, sur la place de son village, que ce grand-père décoré par la République attira l’attention d’un instituteur français. L’histoire est trop belle pour ne pas être rappelée : nous sommes au cœur d’un récit superbement édifiant, comme on en écrivait alors sur une Algérie constituée de trois départements français et destinée à le rester pour l’éternité. L’instituteur qui remarque l’ancien soldat, l’ancien soldat qui lui parle de ses fils, l’instituteur qui ouvre aux deux fils son école et, une décennie plus tard, votre père qui se retrouve lui-même, futur instituteur, à l’école normale de Bouzaréah. »
(1) Le Dahra est une région très montagneuse qui s'étend entre le Chélif inférieur et la mer, de l’oued Kramis, à l'est, jusqu’à l’oued Nador et le Chenoua, à l'ouest, et qui comprend les villes de Miliana, Ténès et Cherchell.
Dans cette région, au cours de la conquête coloniale, en 1845, eurent lieu ce qui fut appelé « les enfumades du Dahra ». Des centaines d’algériens des tribus des Ouled Riah et des Beni Sbéah, poursuivis par les colonnes françaises, réfugiés dans des grottes, furent exterminés par enfumades. (Histoire de l’Algérie contemporaine, Charles-André Julien, Tome I, page 201) Lamartine, député, dénonça vigoureusement lors de la première session de l’assemblée parlementaire de 1846 les très nombreuses exactions : massacre de population, incendie d’habitations, destructions de moissons, d’arbres fruitiers, politique de la terre brûlée etc. « On me dit la guerre est la guerre, mais la guerre des peuples civilisés et la guerre des sauvages, des barbares, sont deux guerres différentes…je dis qu’il n’y aurait dans ce temps ni dans l’avenir aucune excuse qui pût effacer un pareil système de guerre, dans l’état de force, de discipline, de grandeur et de générosité que nous commande notre situation civilisée ! Je pourrais vous parler d’autres actes qui y ont fait frémir d’horreur et de pitié la France entière les grottes de Dahra où une tribu entière a été lentement étouffée. J’ai les mains pleines d’horreur, je ne les ouvre qu’à moitié ! ».
Mais l’insurrection ne désarmait point. L’une après l’autre, les tribus se soulevaient malgré la répression. La correspondance d’un Saint Arnaud reflète la volonté de lutter sans cesse :
« Je repars pour le Dahra où je vais anéantir les Médiouna qui se sont révoltés… quelle guerre interminable et toujours renaissant plus furieuse. Les Arabes sont de rudes soldats ». (14 octobre 1845) « Voilà 10 ans que je fais la guerre… l’Ouest est en feu, la province d’Oran est presque entièrement soulevée… j’ai brûlé les Ouled Khouidem, châtié les Ouled al Abbâs et les Mazouni. Dans un combat dans les ravins, j’ai tué 18 des Oulad al Abbâs et 13 Mazouni et par la terreur, j’ai obtenu ce que je voulais. (Orléansville, 24 octobre 1845).
Quinze ans après le débarquement l’Algérie n’était pas conquise. Des deux côtés il y eut des actes de cruauté et de barbarie. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1846, le Khalifa de l’émir, Mustapha Ben Thami, fit égorger 270 prisonniers français. Ce massacre fut perpétré à l’insu de l’émir Abd el-Kader.
(2) Le bourg de Marceau porte le nom de Menaceur depuis l’indépendance.
*Pierre-Jean Rémy,diplomate et écrivain, de son vrai nom Jean-Pierre Angrémy est décédé à Paris dans la nuit de mardi 27 au mercredi 28 avril 2010, à l'âge de 73 ans

Un peu d’Histoire : Préparation de l’Opération Torch (Flambeau)

L’opération Torch désigne le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Algérie et au Maroc.

Général Clark

Pour s’assurer une pleine réussite de ce débarquement qui était imminent les alliés ont rencontré les représentants français de la Résistance. Cette entrevue historique a eu lieu à quelques kilomètres à l’Ouest de Cherchell, sur la route de Ténès dans une maison (la ferme Sitgès), dominant la mer, non loin de Gouraya et de l’oued Messelmoun. Dans la nuit du 20 au 21 Octobre 1942, Norman Jewell, commandant du sous-marin HMS Seraph de la Royal Navy, destiné aux opérations spéciales et secrètes, débarqua le général américain Mark Wayne Clark accompagné d'officiers américains et anglais. Puis le sous-marin s'immergea en eau profonde, attendant le retour des "visiteurs" qui eut lieu le 22 vers 3 heures du matin non sans difficultés en raison de l'état de la mer.
Près de la maison, un monument commémoratif, élevé par l’Ecole de Cherchell, perpétue le souvenir de cette conférence qui s'est déroulée le 21 octobre 1942, quelques jours avant le débarquement. Cet endroit est assez isolé et sauvage bien qu’il y ait d’autres petites maisons pas très loin.On comprend que ce coin discret ait été choisi pour cette réunion.
Le Général Clark fut le commandant en second de l'opération Torch dont le commandant en chef était le général Dwight Eisenhower.

Le sous-marin HMS Seraph

Le général Giraud prisonnier dans forteresse de Königstein, en Allemagne, s’était évadé le 17 avril 42. C'est le Seraph, qui l'embarqua secrètement au Lavandou le 7 novembre 1942. Les américains qui se défiaient de de Gaulle, souhaitaient que Giraud jouât un rôle de premier plan et d'abord qu'il participât à l'opération Torch. Le sous-marin était commandé temporairement par le capitaine américain Gerault Wright car le général Giraud, en souvenir de Mers-el-Kébir, refusait de monter sur un vaisseau britannique. Il sera transféré sur un hydravion Catalina qui le conduira à Gibraltar où il apprendra, le 8 novembre, le débarquement allié en Afrique du Nord française. Giraud, furieux d'avoir été tenu à l'écart de l'opération Torch d'autant qu'il aurait émis l'ambition démesurée d'être nommé commandant en chef de toutes les forces d'invasion refusera dans un premier temps de prendre le commandement des forces françaises ralliées aux Américains, laissant dans cette période confuse le champ libre au vichyste Darlan.
Au même endroit il y a les tombes de deux anglais décédés en 1847 dans les mines de fer de la région, sans doute par accident, car ils étaient bien jeunes : 20 et 37 ans.


Le monument commémoratif de la rencontre de Messelmoun

					

Photo récente En 1959

Les autorités algériennes conscientes de l'importance historique du site a réhabilité la ferme Sitgès et restauré le monument.
Sur cette rencontre de Messelmoun voir: http://war.megabaze.com/page_html/009-Algerian%20Resistance-1942

Complexe touristique de Pointe Rouge

M. Hamimid s’est auparavant rendu au site Pointe Rouge, situé à l’ouest de la ville de Cherchell, d’une superficie de 48 ha, qui servait de champ de tir pour les éléments de l’Académie militaire interarmes de cette ville. Les militaires ont cédé ce terrain aux autorités locales. La wilaya de Tipaza a achevé toutes les procédures administratives et techniques, dans le respect des textes réglementaires, notamment le plan d’aménagement côtier, pour créer au sein de ce site un pôle de croissance. Il est prévu la construction d’un complexe hôtelier sur un terrain de 15 623 m2, la réalisation d’un village artisanal sur une étendue de 20 637 m2. L’agence foncière de la wilaya a entamé la construction des habitations collectives sur une superficie de 48 384 m2 pour un coût de 683 972 152,70 DA. Enfin, l’aménagement d’une station d’épuration des eaux. Selon des sources crédibles, lors de cette visite ministérielle, deux hôtels de 4 et 5 étoiles, d’une capacité globale de 1200 lits, et un centre de thalassothérapie seront mis en concession à des investisseurs sérieux, nationaux ou étrangers.
El Watan, 7 septembre 2006

Nouveaux noms des communes autour de Cherchell

Bérard Ain Tagourirt Castiglione Bou Ismaïl Chiffalo Port Khemisti Desaix Nador Dupleix Damous Fontaine du Génie Hadjeret Ennous Marceau Menaceur Marengo Hadjout Montebello Sidi Rached Novi Sidi Ghiles Zurich Sidi Amar