TEMOIGNAGES
Instructeurs ou élèves : Ils sont passés par Cherchell
Commandant Georges Oudinot
Georges Oudinot était sergent au 7e Régiment de Tirailleurs Algériens en décembre 1942 sur le front de Tunisie. Dans son
ouvrage sur l’Ecole de Cherchell, pages 178 et 179, Eric Labayle raconte dans quelles circonstances Georges Oudinot fut dirigé
sur Cherchell :
« Un jour, un sergent, venu de l’arrière avec la corvée de ravitaillement se présenta à son poste et lui déclara qu’il était
chargé de le relever. Sans comprendre la raison de ce brusque changement d’affectation, le sergent Oudinot devait rejoindre
le PC de la compagnie…Une fois sur place, il trouva trois autres jeunes sous-officiers du 7e R.T.A. dans sa situation.
Le capitaine leur annonça qu’ils étaient envoyés à l’école de Cherchell, ce qui ne manqua pas de provoquer le plus grand
étonnement. Non seulement le moment semblait bien saugrenu, en pleine campagne, mais encore aucun des quatre hommes ne savait
où se trouvait Cherchell ! De surcroît, personne ne fut informé des motifs de sa nomination. Cette décision avait donc été prise
à l’insu des intéressés et dans le plus parfait secret. Les ordres étant formels, ils furent ensuite acheminés vers le P.C. du
colonel, où ils reçurent la consigne de rejoindre l’école par leurs propres moyens. En l’absence de liaisons régulières entre
le front et l’ouest algérien, ils durent rallier Sétif en faisant de l’auto-stop auprès des convois américains qui faisaient une
noria incessante entre la Tunisie et l’arrière. Ils purent terminer le voyage de Sétif à Cherchell en train ».
C’est donc dans cette improvisation que Georges Oudinot essuya les plâtres de la promotion « Weygand », la première de Cherchell.
Promu aspirant à la fin du stage en 1943 il prend part, avec le 1er RCP, aux combats pour la libération de la France.
Puis il effectue plusieurs séjours en Indochine, comme lieutenant à la Demi-Brigade SAS (Special Air Service), et comme capitaine
dans les Commandos de réserve générale.
Après le béret rouge des parachutistes il adopte, en Algérie, le képi bleu de la SAS (Section Administrative Spécialisée) des
Beni Douala en Kabylie. Assisté par son épouse Hélène, infirmière, il va obtenir de brillants résultats. Fidèle à la parole donnée
aux populations, il est impliqué dans les évènements de 1961 mais acquitté par le Tribunal militaire spécial.
Georges Oudinot est l’auteur du livre « Un béret rouge en képi bleu-Mission en Kabylie 1956-1961 » dont Alain de Sédouy a tiré
le film « Le destin d’un capitaine », sorti en DVD.
Dans ces deux œuvres Georges Oudinot relate les raisons pour lesquelles après son expérience indochinoise il s’est mis au service
d’une population algérienne sous-administrée. Puis comment il eut à souffrir d’une profonde déchirure morale pris entre deux
fidélités, celle de son état de soldat soumis à la discipline militaire et celle de la parole donnée aux populations.
Le commandant Oudinot est Commandeur de la Légion d’Honneur et titulaire de neuf citations dont quatre à l’ordre de l’Armée.

Général Jean Salvan
Fils de militaire a vécu ses jeunes années en Tunisie et à Avignon où il est né le 3 mars 1932.
L’invasion de la zone libre par les allemands après le débarquement des alliés en Afrique du Nord en novembre 1942 empêcha
la famille de rejoindre le père reparti en Tunisie après une permission. La séparation dura jusqu’en septembre 1944.
Poursuit sa scolarité primaire, commencée en Tunisie, à Toulouse puis commence ses études secondaires pendant trois ans, de
1943 à 1946, à Pratlong (Tarn).
Il entre en seconde au lycée Mistral d’Avignon et est reçu à la première partie du baccalauréat en juillet 1948.Le conservateur
du musée d’Histoire naturelle lui ayant demandé de l’aider à classer les collections ornithologiques il apprend à noter ses observations.
Admis au Prytanée militaire de La Flèche il est reçu à la deuxième partie du baccalauréat série math’élem’ en 1949 et entre en
classe préparatoire à Saint-Cyr.
Il obtient le baccalauréat de philosophie et il est admis à Saint-Cyr 3e sur 272.
Rejoint Coëtquidan en septembre 1950.
Un passage de quatre mois en corps de troupe est un préalable obligatoire : il choisit le 7e Bataillon de Chasseurs Alpins alors
en occupation en Autriche. Puis c’est la formation à Coëtquidan de février 1951 jusqu’au baptême de la promotion De Lattre en
juillet 1952.
A l’amphi armes il choisit l’infanterie coloniale et fait acte de candidature pour le brevet parachutiste.
Il rencontre Elvire pendant l’été.
En octobre 1952 il rejoint l’Ecole d’Application de l’Infanterie à Saint-Maixent.
Sort huitième au classement final et aspire à servir en Indochine dans les parachutistes coloniaux.
En octobre 1953 il rejoint la 1re demi-brigade de parachutistes coloniaux.
Stage à Pau à l’École des Troupes Aéroportées (ETAP).
Se marie en novembre 1953 avec Elvire.
Janvier 1954, encadrement des recrues à Mont-de-Marsan, centre d’instruction des parachutistes coloniaux.
Mai 1954, stage de moniteur parachutiste à Pau.
21 juillet 1954, après le désastre de Diên Biên Phu, signature de l’armistice de Genève. Il n’ira donc pas en Indochine et a
« l’impression de manquer une grande aventure ».
1er novembre 1954, début de l’insurrection algérienne. Il n’est pas des premiers bataillons partant pour l’Algérie. Ayant
déjà « manqué » l’Indochine il fait part de sa déception au général Gilles qui lui dit :
« Mon cher Salvan, la nature humaine étant ce qu’elle est, vous aurez votre part, et peut-être plus que votre part, de
combats et de guerres ».
Mars 1955, naissance de son premier enfant : Christophe.
Affecté à Brazzaville, au GCCP, Groupe colonial de commandos parachutistes d’AEF-Cameroun, il embarque à Bordeaux le 3 Juin 1955
à bord du « Brazza » à destination de l’Afrique Equatoriale française. Chef de section, il participe aux manœuvres au Congo et les
pays voisins, à deux opérations de maintien de l’ordre et étudie l’anglais et le russe.
Son épouse et Christophe le rejoignent en octobre 1955.
Septembre 1956, naissance de son deuxième enfant : Magali.
Le 9 octobre 1957 il embarque avec son épouse et ses deux enfants sur le « Foucault » à destination de la métropole.
Le 2 décembre 1957 il débarque à Alger avec une affectation au 2e RPC. Maintien de l’ordre à Alger et la Mitidja puis diverses
opérations dans l’Algérois et à partir de fin avril 1958 dans le constantinois.
Près de l'Oued ISSER, 18 Mars 1958, avec le radio Semence
Grièvement blessé à la face, perte de l’œil droit, au soir du 29 mai 1958 au cours de l’opération Toro III, à l’ouest de
Guelma, près de l’oued Bou Hamdane.Il n’est secouru que le lendemain matin.
Non loin de là dans l’après midi de la même journée du 29 mai, au cours de la même opération, le colonel Jeanpierre, commandant
le 1er REP, qui dirigeait ses troupes en les survolant trouva la mort son hélicoptère alouette ayant été abattu.
Evacué sur l’hôpital de Constantine puis l’hôpital Maillot à Alger puis rapatrié sanitaire en métropole. Il subit en un an
plusieurs interventions chirurgicales réparatrices à l’hôpital Foch de Suresnes.
Il se remet à l’étude de l’anglais et du russe et s’inscrit à la faculté d’Orsay.
Nommé instructeur à l’École Militaire d’Infanterie de Cherchell, il prend ses fonctions fin mai 1959 comme chef d’une section de
la promotion 904 qui en est à la moitié de son stage.
Il déclara aux EOR :
« Ma tâche est de vous former comme chefs de section de combat. J’ai déjà eu l’occasion de voir quels
désastres peuvent provoquer des chefs de section hors de forme physique, incompétents ou farfelus. Je compte vous amener
au point où vous éviterez les pertes stupides, et où vous en infligerez à l’adversaire. Mon but n’est pas, en bachotant, de
faire sortir toute la section en tête de la promotion, mais de détecter ceux qui seront incapables, en situation de crise, de
s’imposer à une trentaine de jeunes français, et alors de les éliminer.
Pour moi, les matières importantes sont le combat, le tir, l’entraînement physique. Je serai probablement injuste, mais j’estime
ne pas pouvoir prendre de risques : les mères de jeunes français doivent savoir que leurs enfants ne sont pas confiés à
n’importe qui. Vous me trouverez dur, mais même si la solidarité de la section se fait contre moi, l’important, c’est que vous
vous découvriez solidaires. Bonne chance à tous. »
Son épouse et les enfants le rejoignent le 5 juillet.
Il découvre que les EOR, dans leur majorité sont surtout motivés par la sortie dans un classement permettant d’accrocher le
grade de sous-lieutenant et la solde qui l’accompagne et la possibilité de choisir un régiment réputé « tranquille » de préférence
en Métropole ou en Allemagne.« Les parachutistes, la Légion n’attiraient que les convaincus et ceux qui envisageaient de faire
carrière dans l’armée ».
Il y avait aussi quelques mystiques tentés par l’aventure saharienne.
En ce qui concernait l’avenir de l’Algérie « ils ne cachaient pas leurs souhaits : s’en
débarrasser au plus tôt, finir la guerre à n’importe quel prix et gagner leur vie… ».
A partir de la mi-septembre 1959 il est affecté à l’encadrement du peloton 001 qui portera le nom de promotion
« Lieutenant-colonel Jeanpierre ».
Il prépare par correspondance l’École d’État-Major et passe son 3e degré d’anglais.
Le commandement d’un peloton IMO (Instruction Militaire Obligatoire) lui est confié. Ce peloton était formé d’élèves de
grandes écoles admis comme aspirants officiers puis sous-lieutenants qui devaient recevoir une formation militaire.
CHERCHELL, 11 Novembre 1959: le peloton IMO, à gauche,le Lt Vaillant
Alors que ce peloton était en stage à Arzew un incident se produisit, un instructeur ayant cru devoir sans ordre semble-t-il
traiter maladroitement le problème de la torture. Jacques Julliard, l’un des élèves admis au stage au titre de l’École
normale supérieure, devenu journaliste au Nouvel Observateur a écrit à ce sujet :
« Les discussions se poursuivirent les jours suivants, notamment avec le lieutenant qui dirigeait notre section depuis
Cherchell. Beaucoup d’autorité et de stature, de la culture, le visage et le corps couturés de cicatrices reçues au
combat, il jouissait chez nous d’un grand prestige. Ce baroudeur, qui était aussi un chrétien convaincu, nous déclara
qu’il n’avait jamais pratiqué la torture, ne la pratiquerait jamais, et que l’on pouvait faire cette guerre sans se
déshonorer.
J’ai plaisir à citer le nom de cet officier qui est resté mon ami, et qui devait ensuite commander les forces de l’ONU au
Liban, où il fut de nouveau blessé : c’est le général Jean Salvan ».
28 janvier, naissance du 3e enfant : Nicolas.
Le 1er mars 1960 il prend le commandement de la 1re compagnie de la promotion d’EOR 004 « Monna Casale » dont le stage
débuta le 8 mars.
Promu capitaine le 1er juillet et reçu à l’École d’État-Major.Il fait partie d'une série pour laquelle les cours sont différés d'un an.
Quelques jours avant son départ de Cherchell il rencontra le capitaine Gildas Lebeurier du 2e RPC et lui demanda ce qu’il
pensait des aspirants formés à Cherchell.
-Ils sont mieux préparés à la guerre d’Algérie que les officiers d’active venant de Coëtquidan et de Saint-Maixent.
Mais de quelque façon que l’on prenne le problème, seule la guerre apprend la guerre, et il y aura toujours une période d’adaptation.
Départ en permission pour la France le 2 septembre 1960 sur l’El Djézaïr.
Retour en Algérie : affecté au 8e RIMa dans le Sud –Oranais il embarque à Marseille le 21 octobre et rejoint le régiment vers
Aïn Sefra (La source jaune) dans la région des Ksours (1) .
Aïn Sefra est la bourgade présaharienne où périt Isabelle Eberhardt, poétesse et écrivain convertie à l’Islam, lors de la crue du
21 octobre 1904.Cette région est sujette à des inondations subites dont la dernière eut lieu en octobre 2007.
Le 1er novembre 1960 il prend le commandement de la 2e compagnie basée 80 km à l’est, à Boussemghoun.
Il s’emploie à faire de cette unité d’appelés des combattants exemplaires, malgré l’insuffisance de moyens matériels : le parc
auto est à bout de souffle, les GMC souvent en panne, les postes radios défaillants. Les chaussures sont en piteux état, les treillis
sont élimés.
Jean Salvan qui avait perçu « un paquetage miteux » se retrouve une fois à diriger la manœuvre les « fesses à l’air » et une autre
fois répare son pantalon déchiré avec des épingles !
« …échanger une paire de chaussures ou un treillis provoquait un drame au magasin du corps ».
Seuls quelques soldats avaient des sacs de couchage achetés sur leurs deniers.
Ayant précédemment servi au 2e RPC il est à même de constater la différence de traitement avec les régiments de
parachutistes et de légionnaires.
Le cantonnement de la troupe est spartiate : sous la tente, alors que le régiment occupe les lieux depuis près de deux ans, pas
de feuillées,, éclairage avec des lampes à carbure…A tout cela s’ajoutaient des problèmes de sous-effectifs et d’insuffisance
d’encadrement. (2)
Les rebelles sachant que le sort de l’Algérie se jouait sur le terrain diplomatique ne recherchaient plus le contact.
Il n’y avait donc plus de grandes opérations qu’ils n’étaient plus en état de mener sauf en cas de franchissement du barrage.
Mais accrochés ils se battaient avec détermination.Quelques jours avant la prise de commandement la 2e compagnie avait accroché
des rebelles et avait eu deux tués et deux blessés
Le plus frustrant était que lorsque survenait un saccrochage, « la Division ou le Secteur arrêtait le régiment, car il ne fallait pas exposer les
appelés. On héliportait alors, selon les jours, une unité de légion ou un commando de la Marine, Georges ou Cobra, qui faisait le bilan ».
Jean Salvan se refusait d’être « le valet d’armes de commandos ».Car selon son expression il voulait pour sa 2e compagnie « forger un moral
de vainqueurs ».Cette même volonté de faire des troupes qui lui sont confiées des « vainqueurs » se retrouve à Cherchell, Brazzaville et ailleurs.
En décembre 1960, s’adressant aux marsouins qui avaient terminé leur service il dit : « …je vous remercie pour le service que
vous venez d’effectuer. Ce n’est pas facile de vivre comme vous l’avez fait pendant plus de deux ans, à escalader des montagnes, à
courir après l’ennemi, dans un pays torride en été, glacial en hiver, sans beaucoup de ravitaillement et de matériel, ni de courrier.
Ce n’est pas facile d’être à plus de mille kilomètres de sa famille, de ses copains et de sa fiancée. Ce n’est pas facile de voir
à 20 ans des copains mourir. Vous l’avez fait et l’avez bien fait : c’est utile pour l’Algérie et pour la France. Ce que je vous demande
maintenant, c’est de ne pas raconter n’importe quoi, et en particulier ce que vous n’avez pas constaté personnellement. Trop de gens
« racontent des coups » après quelques mois en Algérie…Vous avez assez de souvenirs vrais, de notre travail, de nos efforts, de notre
camaraderie, pour le restant de votre vie : ça racontez-le.Et sachez que je vous reverrai toujours avec plaisir ! »
Du 15 janvier au 14 février relève de deux compagnies du 6e régiment de tirailleurs dans la région du col de Hafir au sud-ouest
de Tlemcen. La mission était d’intervenir en cas de franchissement du barrage ouest.
Après un retour à Boussemghoun nouveau mouvement vers le nord le 17 mars. Cette fois il s’agit d’un départ définitif.
La 2e compagnie s’installe à Beni Abir au sud de Marnia avec comme voisin à l’ouest le 22e RIMa qui tenait le barrage (3) .
Rien n’était prévu pour le cantonnement. Des baraques sont construites tout en poursuivant les missions habituelles de patrouille, d’embuscades et
d’alertes sur le barrage.Une partie des matériaux est fournie, pour le reste il s’agit de « prélèvements » effectués sur des chantiers.
« Tous mettaient la main à la pâte », ce qui contribuait à renforcer la cohésion des marsouins, en leur donnant un esprit de corps.
Du 31 mars au 17 avril, permission en France.
En son absence la compagnie avait accroché, à trois reprises, une katiba ayant franchi le barrage. Le bilan était impressionnant
et Salvan, tout en regrettant de n’avoir pas été là pour diriger le combat, se félicitait de constater que la 2e compagnie
s’était remarquablement comportée et que les efforts de formation avaient été payants.
A son retour, les négociations d’Evian sèment le trouble parmi les soldats, caporaux et sergents musulmans qui commencent à s’interroger
sur leur avenir.
Au matin du 22 avril 1961, apprenant le putsch des généraux, il estime que ce mouvement est voué à l’échec car les appelés
« ne marcheraient pas », craignant d’être maintenus sous les drapeaux, d’être coupés de la métropole alors qu’ils n’aspirent
qu’à terminer leur service, pour entamer une carrière, se marier, avoir une voiture, partir en vacances et tourner la page de l’Algérie.
Et de fait devant la détermination de de Gaulle qui était prêt à « employer tous les moyens pour barrer la route à ces hommes-là
en attendant de les réduire », la sédition s’essouffla et se termina.
Le 25 avril, un hélicoptère armé de la marine, par erreur, « matraque » au canon de 20mm une section de la 2e compagnie
alors que l’assaut allait être donné sur un groupe rebelle ayant franchi le barrage : 10 blessés. Cette opération fut mal
conduite, la position des troupes amies incertaine, d’où la méprise et un bilan très lourd : 21 tués et 56 blessés ; 38 tués
et 22 prisonniers dans les rangs rebelles.
Du 7 mai au 10 juillet nouveau séjour en France : stage des capitaines à Saint-Maixent et au Valdahon.
Quitte le 8e RIMa et embarque pour la France le 26 septembre 1961 sur le ville d’Oran. Le destin de l’Algérie sans la France lui
apparaît comme certain. Il a un sentiment amer de « gâchis de richesses, d’hommes, de bonne volontés » et se pose la grave
question de la suite de sa carrière.
BENI ABIR, jour du départ, septembre 1961
École d’Etat-major du 8 octobre jusqu’à la mi-1962.
1er août 1962 naissance du quatrième enfant : Fréderic.
Nouveau séjour à Brazzaville, où Elvire et les enfants le rejoignent, d’abord à l’état-major de la Zone d’Outre-mer n° 3 du 8 août
au 27 novembre 1962, puis au Tchad, à Abéché, au Groupement Motorisé 23 (GM 23).
TCHAD 1963, séance d'instruction, le Lt Clair avec des lunettes
Le 24 novembre 1963, Elvire rentre en France pour donner naissance le 15 février 1964 au cinquième enfant, Guillaume, et elle est
de retour en mars.
Après la dissolution de la garnison d’Abéché c’est le retour en France le 6 février 1965.
24 juillet 1965, affecté à l’état-major du Groupe d’Armées Centre de l’OTAN.
École de Guerre, 1967-1969.
Nommé commandant en second du 2e RPIMa à Madagascar il s’envole pour la Grande Île avec sa famille le 11 août 1969.Le camp
des parachutistes portait le nom de Claude Barrès tué en Algérie le 26 mai 1959 .Le peloton 102 de Cherchell fut
baptisé en avril 1961 « Capitaine Claude Barrès ».
Du 14 août 1971 au 10 août 1974 : Officier de liaison aux Etats-Unis à Fort Benning en Géorgie. Nommé lieutenant-colonel
le 1er décembre 1972.
Le 21 août 1974 départ de New York à bord du France.
Professeur à l’école de guerre, 1974-1976.
Août 1976 : Chef de corps au 3e RPIMa, l’ancien régiment de Bigeard, à Carcassonne.
Casques bleus au Liban, 1978, où il fut très grièvement blessé.
LIBAN,BORJ RAHAL 30 Avril 1978: sur les positions israéliennes abandonnées
COUR DES INVALIDES, 28 SEPTEMBRE 1978: Remise de la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur par le Président Valéry Giscard d'Estaing, à droite le Colonel Erulin
Le Centre des Hautes Études Militaires(CHEM) et l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale(IDHEDN), 1979-1980.
Le 14 juillet 1980 il rejoint Châlons-sur-Marne où il est nommé adjoint au Commandant de la 10ème Division Blindée et
la 63ème Division Militaire Territoriale. Nommé général de brigade le 1er décembre 1980.
Le 30 juin 1982 il quitte Châlons-sur-Marne pour prendre le commandement de la 42ème Division Militaire Territoriale à Poitiers
qui s’étend sur les quatre départements de la région Poitou-Charentes. A Poitiers, il rencontre le préfet Fougier
« un haut fonctionnaire de premier plan, qui devint ensuite préfet de police de Paris » (4)
Le 26 septembre 1983 il prend le commandement de la 1re Division blindée à Trèves en Allemagne.
Il fut en 1985-1986 Adjoint au Général Commandant la 1ère Armée, et chargé d'un cours à l'Institut d'Études Politiques de
Strasbourg, sur le Thème "Société et Défense".
Le 1er septembre 1986 il devint chef de la Mission Militaire Française auprès du Commandement de l'OTAN en Centre-europe, à Brunssum
aux Pays-Bas.
Promu Général de Corps d'Armée, il prit le 17 décembre 1988 le commandement de la IVème Région Militaire à Bordeaux.
Bordeaux 1989
En désaccord avec Monsieur Joxe, ministre de la défense, sur les conséquences des réductions du budget des armées, il demanda
à être placé en 2e section, retraite des généraux, le 29 septembre 1991.
Depuis 1964, à la suite de travaux sur la faune africaine et malgache, il est membre correspondant du Muséum d'Histoire Naturelle (5).
De 1989 à 1994, il donna à l'Institut d'Études Politiques de Bordeaux un cours sur "la problématique de la défense".
De 1995 à 2002 il a présidé l'association Les Gueules Cassées.
Avant sa dernière blessure, il pratiquait le judo (2e dan), le parachutisme (plus de 600 sauts), le grand fond sur marathon
et sur 100 km (9 heures 27 mn à Condom en 1977).
Le général Jean Salvan est Grand Officier de la Légion d'Honneur, Commandeur de l'Ordre du Cèdre du Liban, décoré de la Croix
d'Honneur en Or de la Bundeswehr et de la Croix de la Valeur Militaire.
NOTES :
1.Dans cette région, en avril 1881, eut lieu la révolte de Bou Amama (de son vrai nom : Mohamed Ben Larbi Ben Brahim), issu de la
grande tribu des Ouled Sidi Cheikh. Il a été affublé de ce nom parce qu’il portait un turban (amama en arabe).
2.Voir « Technique et logistique en guerre d’Algérie », Frédéric Médard, préface du Professeur Jean-Charles Jauffret,
Éditions Lavauzelle-2002.
3.le 22e RIMa était en 1959 dans ce secteur et Jean Mourot chef du poste des térébinthes.
4.Fougier peloton 16 de Cherchell.
5. Malgré une activité militaire intense Jean Salvan s’est intéressé à la faune, principalement les oiseaux, et à la flore
des pays où il a vécu. Déjà en Algérie, il note la présence de graves au bec rouge (genre de corvidés), des outardes
houbara (espèce de dindes), des perdrix gambra, des aigles de Bonelli, etc. Au Tchad, il procéda à un inventaire de
l’avifaune, mal connue, en liaison avec les chercheurs du Muséum d’histoire naturelle de Paris.
A Madagascar avec l’aide de l’ORSTOM (Office de la Recherche Scientifique et Technique Outremer) il s’intéressa à la
faune et la flore du pays.
Colonel Jean Marey
Jean Marey naquit le 11 novembre 1906 dans le petit village de Leignecq commune de Merle, dans le Haut-Forez.Dernier né de six
enfants dans une famille de paysans, il alla d’abord à l’école de son village. Puis, sur les recommandations de son instituteur
et la pression sur leur père de ses frères aînés qui avaient dû se mettre au travail très jeunes, il entra à l’École Supérieure à
Saint-Etienne (l’équivalent de l’actuel collège), puis à l’École Normale d’instituteurs de Montbrison (Loire).
Il aurait voulu entrer dans l’armée mais il n’avait pas le choix : instituteur ou au travail…Après sa sortie de l’École Normale, major
ex-æquo, il fit son service militaire, puis le peloton d’E.O.R. à Saint-Maixent grâce à la préparation militaire qu’il avait suivie
pendant sa dernière année à l’École Normale.
Revenu à la vie civile, quelques mois d’enseignement, lui confirmèrent que sa vocation était toujours aussi vive. Il reprit donc du
service au 121e Régiment d’Infanterie à Montluçon (Allier) en 1929 et prépara le concours d’entrée à l’École militaire de Saint-Maixent.
Il le réussit et y entra comme E.O.A.
En 1933, il sort major de sa promotion et rejoint le 121e R.I. à Montluçon qu’il quitte en 1935 pour aller au centre d’instruction de
La Valbonne. En 1936, il repart à Saint-Maixent comme professeur d’histoire militaire.
En 1939, déclaration de guerre. Il y gagne ses galons de capitaine et la croix de guerre. Évacué de Dunkerque sur l’Angleterre, il revient
immédiatement en France. Dès son retour sur le sol français, et après avoir retrouvé quelques bribes de son régiment, il échappe de très
peu à la capture en fuyant avec un de ses camarades, alors que leur colonel et les quelques officiers qui étaient avec eux se laissent
faire prisonniers. Les deux évadés mettront deux semaines pour regagner la zone libre, tout en cherchant sur leur parcours à retrouver
des éléments de l’armée française.
D’octobre 1940 au printemps 1941, il est officier instructeur à Aix-en-Provence où sont repliées les Écoles militaires de Saint-Cyr et
Saint-Maixent, puis il est muté au 5e Régiment d’Infanterie à Saint-Etienne, où il est adjoint au colonel de Foville.
Il commence alors à militer dans les premiers mouvements de Résistance (Mithridate, O.R.A…) et commence à constituer ses
premiers réseaux de renseignement. Lors de la dissolution du 5e R.I., à l’invasion de la zone libre il enlève le drapeau de son
régiment pour qu’il ne tombe pas aux mains de l’ennemi, et le cache à la cure de l’église de Saint-Louis, d’où il ne ressortira
qu’en août 1944 pour être à l’honneur lors de la prise d’armes à Saint-Bonnet-Le-Château (Loire), au lendemain de la victoire d’Estivareilles.
A l’invasion de la zone libre, placé en congé d’armistice, il est replié à la subdivision militaire de Saint-Etienne. Ses activités
de résistant se sont confirmées. Début 1943, il est nommé Chef départemental de l’O.R.A., puis Chef départemental de l’Armée Secrète
de la Loire, le 1er octobre 1943.A la fin de ce même mois, il échappe de peu à la Gestapo venue l’arrêter à son domicile.
Il entre alors dans la clandestinité, suivi de son épouse qui était à ses côtés depuis le début de ses activités de résistant.
Il organise les maquis de l’Armée Secrète en unités combattantes, parfaitement structurées, et opère sous différents
pseudonymes : Marceau, Pontcarral, RV (Hervé).
En avril 1944, il est nommé Chef départemental F.F.I. et, le 12 juillet, il est promu commandant, promotion régularisée
le 25 décembre 1944.Le 21 août 1944, il obtient la reddition d’une colonne allemande se repliant depuis Le Puy, forte de plus
de 800 hommes, faisant de ce fait d’armes d’Estivareilles un lieu symbolique de la Résistance.
Il va continuer la lutte avec « son » Armée Secrète au cours des combats pour la libération de Lyon, où il fait la jonction avec
la 1ère D.F.L. du général Brosset, le 3 septembre.
Le 15 décembre 1944, il repart avec ses G.M.O. (Groupes Mobiles d’Opération) regroupés sous le nom de Bataillon Sambre et Meuse,
sur le front des Alpes.
En avril 1945, il reforme le 24e Bataillon de Chasseurs Alpins et en prend le commandement.
Puis c’est la période d’occupation en Allemagne : Lindau sur les bords du lac de Constance, puis Landau (Palatinat).
Dans la deuxième moitié de l’année 1946, il quitte le commandement du 24e B.C.A. et il est nommé Chef d’État-major de la 6e Demi Brigade
de Chasseurs Portés à Edenkoben (Palatinat).En septembre 1947, il est muté à Vienne (Autriche) comme Chef d’État-major des troupes
d’occupation de Vienne. Il quitte ce poste en 1950 pour revenir en France où il exerce jusqu’en 1953 la fonction de professeur
d’Infanterie à l’École d’Application du Génie à Angers ( Maine et Loire).
Promu lieutenant-colonel en 1953, il part pour Oran (Algérie) prendre le commandement du 2e Régiment de Zouaves, jusqu’en octobre 1955
où il est muté à Alger comme adjoint au colonel commandant le secteur Alger-Sahel.
En janvier 1958, promu colonel, il prend la direction de l’École Interarmes de Cherchell.
En février 1959 il prend le commandement du 23e R.I. à El-Milia, dans le Nord- Constantinois, où il est assassiné le 28 mars 1959.
Décorations : Officier de la Légion d’Honneur, Croix de guerre avec palmes, médaille de la Résistance, Croix de la valeur
militaire avec palmes, commandeur de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Evelyne Marey remet à Gérard Courtade, Président de l'Amicale des Anciens de Cherchell, le sabre de son père, le Colonel Jean Marey
Saint-Etienne, 3 avril 2009

Le sabre, les médailles, les insignes et les galons du Colonel Marey
Sur la lame du sabre "Au S/s Lieutenant MAREY Jean Major de la Promotion 1930-1932"

La tombe et la plaque de la Résistance au cimetière de Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmitte(Loire)
Photos EOR Ribeyron, promotion 203 "Elève-officier André Esprit"
Commandant Raymond Muelle
Né en 1921, lycéen à Orléans pendant la débâcle de 1940, Raymond Muelle choisit le combat. Il passe en zone libre puis en Espagne
cherchant à rejoindre l’Angleterre. Mais il est refoulé vers la France.
Passager clandestin sur un bateau qui ramenait des tirailleurs rapatriés sanitaires. Il débarque à Oran en novembre 1940.Son idée
est de rejoindre Gibraltar en passant par le Maroc espagnol. L’entreprise s’avère impossible.
Il s’engage dans l’armée de l’Armistice au 3e régiment de spahis marocains.
Après plusieurs nouvelles tentatives de joindre l’Angleterre en gagnant Gibraltar il est muté au Sénégal. Il y reste 18 mois
aux Chasseurs d’Afrique.
Après la libération de l’Afrique du Nord il est désigné pour intégrer comme élève l’École de Cherchell. Il fait partie de
la 2e promotion « Tunisie » et sort aspirant en septembre 1943 et retrouve son ancien régiment, le 12e chasseurs d’Afrique
à Mascara et à Saïda.
En mai 1943 s’était achevée la dure campagne de Tunisie au cours de laquelle l’armée française, principalement constituée d’unités
d’Afrique du Nord, a repris sa place dans la guerre au côté de ses alliés.
Après la conquête de la Sicile par les anglo-américains ce fut le débarquement de la Ve armée américaine, général Mark Clark, en
Italie, à Salerne. Le Corps Expéditionnaire d’Italie rejoint les alliés en novembre 1943.
Impatient d’en découdre Raymond Muelle quitte le 12e régiment de chasseurs d’Afrique qui avait été rattaché à la 2e DB, et se
présente au Ier Bataillon de Choc à Staouéli.Cette jeune formation composée de volontaires : évadés de France, français d’Afrique
du Nord, légionnaires, avait déjà à son actif la campagne de Corse en septembre-octobre 1943.Puis ce fut l’île d’Elbe.
La nouvelle page de la guerre que Raymond Muelle ne veut pas manquer sera certainement la France.
Et, début août 1944 il est parachuté dans la Drôme, au sud du Vercors dont le maquis vient d’être anéanti par les allemands.
Cette mission correspond à la vocation des « Chocs » qui agissent sur les arrières de l’ennemi par des coups de main, des
embuscades, des harcèlements. En liaison avec les maquis FFI plusieurs actions sont menées en prélude au débarquement de
Provence qui a lieu le 15 août.
Dès lors les « Chocs » de la section Muelle se dirigent vers la route Napoléon, s’emparent de Monestier, Pont-de-Claix et entrent
le 22 août dans Grenoble évacué par les allemands.(1)
Le 1er bataillon de Choc débarque le 19 août et participe à la prise de Toulon. La section Muelle le rejoint à Dijon le 11 septembre.
Puis ce furent les durs combats de Haute-Saône (2) , de Belfort, les campagnes d’Alsace, d’Allemagne et d’Autriche.
Après la Libération Raymond Muelle intègre l’armée active dans la Légion étrangère.
Lieutenant au 2e Bataillon Étranger de Parachutistes il fait deux séjours en Indochine.
Le 15 décembre 1954 le 11e Bataillon Parachutiste de Choc est projeté en Algérie. Le PC du Bataillon, aux ordres du colonel
Decorse, s’installe dans un bordj du 5e Tirailleurs à Dra El Mizan (Kabylie). Le capitaine Muelle qui venait de quitter l’Indochine
en septembre s’était fait affecter au 11e Choc où il est officier de renseignement. Il remplira par la suite diverses autres fonctions
au sein de la même unité.
Grièvement blessé au cours d’un accrochage il passe un an en métropole.
A partir de 1957, chef de bataillon, il effectue de nombreuses missions au service Action du SDECE (Service de Documentation Extérieure
et de Contre-Espionnage), les liens entre le 11e Choc et ce service étant étroits.
En octobre 1962, bien que n’ayant pas rejoint ceux qu’on appela « les soldats perdus » il fut arrêté et inculpé de complot contre la
sûreté de l’Etat et de détention illégale d’armes. Il semble qu’on lui ait reproché d’avoir conservé des liens d’amitié avec certains
soldats rebelles. Quant à la détention d’armes il était dit-il collectionneur, mais il ajoute avec humour : « Bon, d’accord, je n’aurais
peut-être pas dû garder les munitions » (La guerre d’Algérie 54-62, Trésor du Patrimoine, volume 11).
En février 1964 il est condamné avec sursis mais il doit quitter l’armée.
Il entame alors une carrière civile dans une compagnie d’assistance au Tiers-Monde et il se consacre à l'écriture historique des
conflits auxquels il a participé. Écrivain, il est reconnu pour ses ouvrages relatifs en particulier aux troupes d'élite.
(1)Le cocasse se mêle parfois au tragique de la guerre : les fonds en numéraire emmenés d’Alger ayant tendance à fondre il fallut
improviser. Le chasseur André Sauli, sur une feuille de carnet, notait en haut « République française » puis au milieu « Bon pour
un mouton » et signait de son nom en bas à droite (Le 1er Bataillon de Choc, Raymond Muelle, Presses de la Cité, Paris, page 106).
(2)Hiver 1944.La bataille fait rage dans les Vosges. Les unités engagées, zouaves, tirailleurs marocains, légion
étrangère, spahis, commandos ont subi des pertes sévères.
Dans l’église du Haut du Tôt une cinquantaine de cadavres ont été regroupés. Et tous ne sont pas là.
Deux jours plus tard, un journal régional titrait : « Première neige sur les Vosges », et poursuivait dans l’article :
« Nos amateurs de ski vont bientôt pouvoir pratiquer leur sport favori ».
Avant leur prochain objectif, Belfort, les hommes épuisés ont apprécié…

Général Jean-Louis Delayen
Grand Croix de la Légion d'Honneur 19 Citations dont 11 palmes, 3 Blessures
Né le 16 mars 1921 à Saint-Raphaël.
Enfant, il séjourne au Maroc et en Indochine avec son père, un marsouin.
Elève au Prytanée Militaire de 1935à1940.
Il s'embarque pour l'Angleterre en juin 1940 et passe au Maroc où il s’engage au 6e RTS puis au
RICM (Régiment d’Infanterie de Chars de Marine).
Il sort aspirant de la première promotion « Weygand-Médiouna »
Débarquement de Provence, libération de TOULON et atteint le Rhin le 20 Novembre 1944 à ROSENAU. Le lendemain, il est grièvement
blessé à Battenheim.
Sous-lieutenant en Décembre 1944
Trois séjours en Indochine :
- Premier séjour, 1945 -1948 : lieutenant en 1946, chevalier de la Légion d’Honneur, il est blessé une seconde fois.
- Deuxième séjour, 1949-1952. : Il y forme le Commando du RICM, étant seul européen à la tête de 120 Vietnamiens. Il prend
le commandement du Commando 13.
- Troisième séjour, 1953-1955 : Toujours aux "Commandos Nord-Vietnam", à DAI-MO puis à HAIPHONG avec divers raids amphibies
sur les fleuves et sur les côtes .Regroupant les survivants des Commandos Nord-Vietnam, il forme le " l er Bataillon
d'Infanterie de Marine Vietnamien " à NHA-TRANG.
Il est promu Officier de la Légion d'Honneur en 1954.
Fin 1955 il rejoint l'Algérie au "Centre d'Instruction Amphibie" à ARZEW où il étudie les conditions locales du combat.
Puis appelé par le Capitaine de vaisseau PONCHARDIER pour être l'officier de liaison de la "Demi-brigade de Fusiliers - Marins"
à NEMOURS, près de la frontière du MAROC.
En 1956, il forme le "Commando Yatagan" administrativement désigné sous le titre de 80e GMPR (Groupe Mobile de Protection Rurale).
Le commando, implanté près de Beraoun, à 10 kms de Nemours, est composé de Musulmans de recrutement en majorité local encadrés par
les Fusiliers-Marins-Commandos.
Commandant en1958 et Commandeur de la Légion d'Honneur en1959
Puis il commande le G.C.C.A. (Groupement de Commandos de Chasse de l'Akfadou en grande Kabylie).
1962 à 1965, il est muté dans le Pacifique. : Commandant du Bataillon d’Infanterie de Marine de Tahiti.
1965 à 1972, lieutenant-colonel il reçoit sa première affectation en métropole à Lorient puis Brest.
C'est à la " Force Amphibie d'Intervention" basée à Lorient qu'il y dirige d'abord le "Centre d'Instruction Amphibie"
qui est chargé des opérations à l'État-major de l'Amiral
.
Durant cette affectation, il est envoyé en stage chez les Marines au " Command and Staff College " à QUANTICO, USA. II y passe une année.
1972, il part au Tchad (colonel) pour 6 ans comme conseiller du Général en chef Tchadien.
Grand Officier de la Légion d'Honneur en1975.
En 1977, promu général de Brigade, il quitte le Tchad.
A sa demande, il passe dans le Cadre de Réserve en Juin 1978.
Après 4 années passées à bord de sa péniche "le Jean Bart", amarrée près du pont de la Concorde à Paris, il réside aux USA
depuis 1982 pour élever son fils issu d'un mariage avec une citoyenne américaine.
Il est élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d'Honneur en 1996.
Le général de brigade Jean-Louis Delayen s'est éteint le jeudi 3 octobre 2002, chez lui aux États-Unis, à peine rentré de France.
Les obsèques se sont déroulées à Saint-Raphaël, en présence de nombreuses personnalités. Les honneurs militaires lui ont été rendus
sur le parvis de la cathédrale par un détachement en armes du 3° RAMA (3e Régiment d’Artillerie de Marine) ont chanté pour lui une
dernière fois Marie-Dominique suivant la volonté du défunt.
Le 6 juillet 2007 un hommage a été rendu à ce valeureux soldat par M. Claig Stapleton, ambassadeur des Etats-Unis.
Au nom des Marines américains, un diplôme et une plaque commémorative ont été remis à son fils
Brève biographie d’André Esprit, le dernier mort de Cherchell
Le destin a voulu qu’il soit encore élève. Quel symbole ! Dans les quatre dernières promotions sur les huit tués cinq étaient élèves-officiers
C’est à Grenoble que naquit André Esprit le 16 mars 1938.Très jeune il entre au pensionnat du Rondeau Montfleury où brillant élève, il obtient avec facilité son baccalauréat de philosophie. Aime de ses camarades pour son dynamisme et sa bonté, on devine en lui déjà un esprit droit et juste. À 18 ans, il suit les cours de la faculté des lettres de Grenoble, tout en étant surveillant à l’externat Notre-Dame. Il passe ses vacances à la colonie de Currières, auprès du directeur, M. l’abbé Paillassou où il acquiert les qualités d’un chef.
A 22 ans, il obtient avec brio la licence d’histoire et géographie, avec d’autant plus de mérite qu’il est obligé d’assurer la charge de ses études et qu’il montre auprès de sa famille un dévouement constant et un amour qui n’a d’égal que la bonté de son cœur.
Elément dynamique et infatigable, il est déjà un meneur d’hommes, sachant s’imposer à ses camarades par sa simplicité, son sens de la justice et une volonté à toute épreuve. Il allie à ses facultés intellectuelles de grandes capacités physiques. Il décide de s’inscrire au Judo-Club grenoblois où il fait preuve encore d’une très grande valeur, puisqu’au bout de sa deuxième année, étant ceinture marron, il décide et envisage le passage de la ceinture noire.
Lorsqu’il a terminé ses études, il enseigne à l’externat Notre-Dame comme professeur d’histoire et géographie, où il retrouve ce climat qui lui est cher. Se dévouant entièrement pour ses élèves, il assume aussi la tâche de moniteur d’éducation physique. Il se donne pleinement à son idéal et, malgré les responsabilités de ces fonctions, il prépare et organise la colonie de Currières, étant devenu moniteur en chef.
Autour de lui rayonne la joie, car il sait se donner sans compter avec une foi et un dévouement remarquables.
Au mois de septembre 1961, il est incorporé au 1er R.P.I.Ma, à Mont-de-Marsan. Il suit le peloton préparatoire aux élèves-officiers de réserve d’où il sort major. Il entre à Cherchell le 3 janvier 1962...
Georges Decottignies
André Esprit Obsèques d'André Esprit
Chevènement à Cherchell
« L’élève officier Chevènement est prêt pour l’embarquement.Alger-la-Blanche n’est plus très loin. Printemps 1961.
Quatre cents hommes s’entassent sur les quais de Port-Vendres qui regorgent de « bérets rouges des paras, calots bleus
de l’infanterie, grands bérets cassés des chasseurs, calots rouges des spahis, mélange d’écussons et d’insignes, 1er de
zouaves, 35e d’infanterie, parachutes de métal accrochés au revers du blouson marquant la provenance, les grands sacs
marins bourrés jusqu’à la gueule. Destination Cherchell. »
Fini l’humidité des casernes de l’est de la France. Place à la chaleur. Cherchell est installée sur la côte
méditerranéenne, à l’ouest d’Alger. L’école d’officiers de réserve d’infanterie est confortable. L’entraînement est dur
et les accrochages toujours possibles. Il y en a quelques uns. C’est la guerre. La vraie. On y risque sa peau.
Et puis il y a les accidents. « Les hommes qui sautaient sur nos propres mines comme cet instituteur bourguignon
atrocement déchiqueté à cent mètres de moi. »
…
Les semaines et les mois s’écoulent sous le soleil, dans la poussière et la rocaille. L’Algérie, comme ses
camarades, il la découvre d’abord dans les jambes, dans l’effort physique pour lequel il n’avait jusqu’alors qu’un goût
très modéré : « Nous faisions entre 40 et 45 kilomètres par jour, en portant un sac de 20 kilos sur le dos et un
fusil-mitrailleur. Nous partions avec 5 litres d’eau et nous revenions avec le treillis complètement blanchi par le sel
la transpiration. »Dur d’être soldat. Bien plus que d’être un étudiant brillant. Pourtant Jean-Pierre Chevènement garde
de cet épisode un souvenir profond. Il apprend la vie au grand air. Il découvre et repousse à la fois ses limites
physiques. L’adolescent prolongé devient un homme…
« Jean-Pierre Chevènement » Biographie Laurent Chabrun-Franck Hériot
2002- le cherche midi
Les derniers instants du sous-lieutenant Brulard
Article paru dans le N° 21 de juillet-août 1961 de « Citadelle », journal de L’Ecole Militaire
d’Infanterie de Cherchell
Un document poignant
C’est dans le but de satisfaire aux dernières volontés du sous-lieutenant Jean-Pierre Brulard de
la promotion « Capitaine Claude Barrès), mort au champ d’honneur,le 31 mai 1961,
que le sous-lieutenant Grimaldi d’Esdra, chef de S.A.S. de la promotion « Reggan »,
stage 002, nous rapporte en quelques lignes bouleversantes, ses derniers instants
Le 31 mai, alors qu’il effectuait une ouverture de route, le sous-lieutenant Brulard sautait sur une mine, un obus de 105.
Brulard avait eu les deux jambes sectionnées net à la hauteur des genoux, des éclats multiples dans le bas ventre, les yeux
sérieusement touchés.Il était resté très lucide, oh ! Combien, mais souffrait d’une façon effroyable, en silence.Je restais à
ses côtés en attendant l’arrivée de l’hélicoptère qui devait l’évacuer sur El-Milia. La première chose qu’il devait me
dire c’était de vous écrire pour vous faire part de sa reconnaissance.
Mais de sa souffrance, il n’a rien dit.
Malgré cette souffrance il conservait une attitude exemplaire.
En effet, il me demandait si personne n’avait été blessé, si sa carabine avait été récupérée ; enfin il me demandait de prendre
la clef de l’armement qu’il avait sur lui pour que les gars de sa section n’aient pas de difficultés pour remettre leurs armes
au râtelier le soir.Pourtant avant que le toubib n’arrive avec le « ventilateur » son moral était assez bas, mais dès qu’il eut
reçu piqûres de camphre et de morphine il me dit : « Ah ! Je vais mieux, maintenant je veux vivre ».
Le sort devait en décider autrement et à tout prendre je pense que, compte tenu de son état, c’était la meilleure chose
qu’il puisse lui arriver en raison de ses terribles blessures.Mais jamais, et ce pendant une longue demi-heure de
souffrance, Jean-Pierre Brulard n’a eu une parole amère. Dirai-je plus, il a soulevé l’admiration de tous les gars de sa
section parmi lesquels beaucoup pleuraient.
Brulard était au 43e B.I.M.A. dans l’arrondissement de Collo depuis 15 jours à peine.
Tout le monde ici avait été frappé par son dynamisme, son entrain. De plus, même les musulmans d’ici commençaient
à lui accorder leur sympathie.
Sous-lieutenant Grimaldi d’Esdra
A la demande du père du sous-lieutenant Brulard, le calot de tradition et l’insigne de Cherchell furent déposés sur le
cercueil de notre ancien, lors de la levée du corps qui eut lieu à l’hôpital Maillot le 10 juin. Note :
Ce document était en réalité une lettre dont le destinataire était le lieutenant François Raoul, instructeur de la
septième section de la dixième compagnie à laquelle appartenait Jean-Pierre Brulard à
l’Ecole de Cherchell dont il venait de sortir.
En effet, le baptême de sa promotion « Capitaine Claude Barrès » avait eu lieu le 16 avril 1961.
Jean-Pierre Brulard avait 24 ans (né le 27 04 1937).
Photo prise pendant le stage, communiquée par François RAOUL, instructeur de la promotion "Capitaine Claude Barrès"
Franchissement de l'oued Bellah en crue (accès à la ferme Brincourt) :
Sur la gauche : Jean Pierre Brulard (MPLF) ,
A droite : Alain Copel,Roger Stella et Jean Pierre Morvan(décédé) portant le lieutenant François Raoul .
Deux sous-lieutenants à la recherche de leur Bataillon
Promotion 102 Capitaine Claude BARRES
Le 16 avril 1961 nous sommes promus au grade de Sous Lieutenants, Jean Pierre BRULARD et moi-même.
A l’Amphicorps, nous choisissons le 43° Bima à Tlemcen près de la frontière marocaine. Algérois tous les deux nous avons
une semaine de perm à Alger et nous nous retrouvons le 3 Mai au matin dans le train qui nous conduit à destination le soir même.
Par chance le bureau de garnison où nous nous rendons est encore ouvert, mais l’adjudant qui nous reçoit parait très perplexe
« Le 43°…..pas dans l’coin !! Revenez demain matin je me renseignerai d’ici là ».
Tlemcen by night pas folichon.
Et, le 4 au matin le même adjudant nous annonce que notre bataillon est stationné dans le Nord constantinois, presqu’île
de Collo. C’est à dire de l’autre côté de l’Algérie vers la frontière tunisienne. Nous voilà donc à nouveau dans le train
et le 5 au soir, surprise des parents, à Alger, de nous revoir si vite !!!!! Nous repartons le 6 sur Constantine puis sur
Philippeville, toujours en train et là, nous prenons le bateau caboteur pour rejoindre le magnifique port de Collo.
Finalement nous arrivons après quatre heures de route en convoi au PC du bataillon, à Aïn-Kechera, le 9 Mai vers treize
heures. Notre entrée au mess au milieu du repas fut assez remarquée et les premiers mots
d’accueil de notre Chef de Bataillon furent :
« Où étiez-vous passés tous les deux ? On vous attends depuis huit jours »
Après deux jours d’adaptation je rejoignais la troisième Cie, Jean- Pierre prenait le Commandement du Cdo de chasse de
la 4 °. Nous étions le 12 Mai 1961.
Le 31 mai le Sous Lieutenant BRULARD sautait sur une mine au cours d’une ouverture de route. Le 10 juin il était inhumé à
Alger. Il recevait à titre posthume la croix de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Lt Colonel (h) Yves Salom
Le Colonel Marey
Si son prédécesseur n’avait pas laissé pas de traces profondes de son passage, le Colonel Marey, lui, devait dès sa prise
de commandement imprimer à l’École la marque de sa forte personnalité.Ce petit homme sec, au visage souriant, à la voix
métallique légèrement nasillarde, appartenait à la race des missionnaires.Sincèrement chrétien, il avait emprunté sa
devise à Charles de Foucault : “Je veux habituer tous les habitants de ce pays:chrétiens, musulmans, juifs ou
idolâtres, à me considérer comme leur frère, leur frère universel...”
Et s’il était amené à faire la guerre, c’était —après beaucoup d’autres— pour gagner la Paix. “ Écoutez ceux dont les cœurs vous disent :
- Que le temps de la guerre est du temps perdu
- Que la paix est le bien suprême des hommes
- Que les hommes sont faits pour s’aimer les uns les autres,pour s'aider, pour se respecter...”
demandait-il à
l’occasion du Ramadan aux musulmans du secteur d’El Milia qu’il devait commander l’année suivante.
Il faut lui concéder que cette paix, il ne la concevait que dans le partage équitable des richesses et du pouvoir.
L’Algérie française qu’il défendait n’était pas celle des colons égoïstes et racistes dont les excès avaient conduit à
l’insurrection.
C’était une utopie fort respectable, fondée sur le vieux principe républicain de liberté, d’égalité, de fraternité.
Avec d’autres officiers idéalistes, il était persuadé que seule la France pouvait apporter à l’Algérie alors déchirée par
la guerre civile cette justice qui lui avait tant fait défaut jusqu’alors.
Et qu’il n’était pas encore trop tard pour le faire. Seuls des hommes de sa trempe auraient pu conserver l’Algérie à
la France ou tout au moins favoriser l’instauration d’une Algérie franco-algérienne.
C’est pourquoi il était autant haï par les indépendantistes du F.L.N.pour lesquels il était plus redoutable qu’un
Trinquier ou un Massu que par les ultras de l’Algérie -colonie-française.Marey était un enfant du peuple. Né dans une
modeste famille nombreuse,il n’était venu à la carrière militaire qu’occasionnellement.
Ses études, il les avait faites comme boursier d’État pour les terminer à l’École Normale d’Instituteurs de
Montbrison,dans la Loire.
Le service militaire ayant fait de lui un officier, il y avait pris goût et ne devait plus quitter l’uniforme, s’illustrant
dans la Résistance comme chef de l’Armée Secrète puis des F.F.I. de la Loire et plus tard en Algérie comme commandant
d’un régiment de zouaves devenu adjoint du Colonel Godard (bombardé par Massu chef du Secteur Alger-Sahel) chargé du
2ème bureau, au cours de la “bataille d'Alger”.
Désormais placé à la tête de l’École Militaire de Cherchell, il allait profondément bouleverser les vieilles habitudes
pour mieux nous préparer sur le plan physique et technique à la rude existence qui attendait la plupart d'entre nous en
même temps qu’il essaierait discrètement de nous communiquer un peu de son ardeur apostolique et de nous donner à tous
la foi dans notre mission pacificatrice de soldats de la République.
Tel Napoléon à la veille d’une bataille, il recherchait avec nous le contact direct. 0n le voyait apparaître à nos côtés
un peu partout, aussi bien dans les couloirs et les chambres que dans les cours ou sur le terrain, ce que nous
n’appréciions alors que très modérément. Désireux de connaître concrètement chacun de ses hommes, il manquait
rarement, le soir, d’inspecter la garde montante et de se faire présenter les uns et les autres. Il apostropha un
jour H., l’un de mes bons camarades de Nouvion.
“ — Et vous, que faites-vous dans la vie civile ?
— Je suis instituteur, mon Colonel.
— C'est un beau métier.
— Le plus beau, mon colonel !
— Oui, le plus beau... (Un sourire) ...après celui d’officier !”
Il devait tomber dans une embuscade, le 28 mars 1959, à 9h15, à la sortie d’El Milia (Nord-Constantinois), salué avec
tristesse par J.J.S.S. dans un édito de l’Express.
En apprenant la nouvelle, je me suis souvenu d’une sortie que j’avais faite au lendemain de la visite du général. J’étais
parti dans l’après-midi escorter un lieutenant dans le djebel côtier
— agréable promenade en jeep parmi des bois de pins, sur des sentiers ombragés et parfumés... Il s’agissait de reconnaître
le terrain en vue d’un exercice de “combat”. L’endroit était bien choisi pour étudier l’embuscade: des rebelles en avaient tendu
une, mortelle, à un groupe semblable au nôtre, l’année précédente dans les parages.
Ce jour-là, il n’y avait rien à craindre : la région était “pacifiée”. On aurait pu se croire en vacances.
Pas un souffle de vent. A l’arrêt, pas un bruit. On pouvait écouter chanter les oiseaux et bourdonner quelques abeilles sauvages
sur les fleurs déjà nombreuses! 
On pouvait écouter chanter les oiseaux et bourdonner quelques abeilles sauvages sur
les fleurs déjà nombreuses!
Et en bas, au lointain, au milieu de la mer immense et calme, un bateau minuscule et blanc glissait sous un panache de fumée...
Était-ce dans une telle paix que s’était achevée l’existence du colonel Marey ?
Bien que recherchant les contacts personnels, notre nouveau colonel n’avait rien d’un démagogue. Si la plupart d’entre
nous honorent aujourd’hui sa mémoire, nous n’avons que bien tardivement éprouvé cette espèce d’estime et de respect
affectueux que nous portons aujourd’hui à son souvenir. Jean Mourot
SOUS LES DRAPEAUX DE DEUX RÉPUBLIQUES
(Extrait de À Cherchell avec ceux de la 803)
La Résistance à Montbrison
Souvenirs
En cet été de l'année 1944 alors que, partout dans le monde déferlaient les vagues puissantes de la seconde Guerre
Mondiale, la petite route agreste qui après avoir quitté Montbrison par l'ouest puis suivi le cours du Vizézy jusqu'à
La Guillanche, partait à l'escalade des Monts du Forez, était devenue le théâtre d'une animation inaccoutumée.
…
Il y avait tout d'abord implantée dans le village même de Roche une formation de l'A.S. (Armée secrète) puis, plus
haut, près du village de Lérigneux, une unité de F.T.P. (Francs-tireurs et partisans). Enfin, encore plus haut au col de
Baracuchet, à la limite du département du Puy-de-Dôme, stationnaient les hommes du groupe Ange.
…
Le maquis de Roche avait été placé sous les ordres d'un énergique officier de gendarmerie, Millon, lieutenant de la Garde
mobile (aujourd'hui Gendarmerie mobile).
…
Au maquis de Roche on pouvait rencontrer un personnage fort pittoresque et d'ailleurs fort sympathique, Guillot, tel
était son nom, mais on l'appelait "'la Doublure". Ancien de la Légion étrangère il avait à la manière de ses anciens
camarades cousu une bande blanche autour de son képi, car il avait hérité d'un képi de gendarme ce qui ne lui plaisait
pas du tout. Du coup la mode était lancée. Elle fit fureur. Tous les gars du maquis de Roche arborèrent le képi blanc
puis, à leur exemple, tous ceux des autres formations de l'A.S. à commencer par leur chef à tous, le commandant Hervé, de
son vrai nom Jean Marey.
Chef au pouvoir charismatique le commandant Marey était très populaire auprès de ses hommes et, aussi bien, savait
cultiver sa popularité. Il s'était façonné un personnage quelque peu mythique. Aussi le port du képi blanc n'était pas
pour lui déplaire et il l'avait adopté d'emblée. Par ailleurs il ne se séparait jamais de sa carabine qui arborait en toute
circonstance si bien qu'elle était arrivée à faire corps avec son personnage.
A ce propos je me souviens de l'avoir, un jour, rencontré fortuitement alors que les combats de la Libération avaient cessé
et que nulle cérémonie, nulle manifestation ne pouvaient l'inciter à arborer son arme favorite. C'était par un beau jour de
septembre et on venait – hélas ! - d'autoriser à nouveau la chasse. Marey était de petite taille mais il n'en perdait pas
un seul pouce.
Moi je le regardais de toute ma hauteur, l'œil rivé sur l'extrémité du canon de sa carabine et lui dis tout à trac :
"Vous aussi mon Commandant, vous allez à la chasse". Il me regarda tout d'abord d'un œil torve puis éclata de rire car
il avait le sens de l'humour.
Ancien instituteur Jean Marey avait abandonné l'enseignement pour l'armée. Il était capitaine au 5e R.I. à Saint-Étienne
lorsqu'il s'engagea dans la Résistance devenant commandant des formations de l'Armée secrète de La Loire puis chef
départemental des F.F.I.
A la Libération, les unités F.F.I. ayant été intégrées dans l'armée régulière, le commandant Jean Mary combattit en Alsace
et en Allemagne jusqu'à l'Armistice. Devenu colonel, il exerça divers commandements et devint, notamment en Autriche occupée
par les Alliés, le chef militaire du secteur français de Vienne.
Par la suite, il commanda l'école militaire de Cherchell puis, pendant la guerre d'Algérie, la subdivision militaire de Guelma.
C'est au cours de cette guerre qu'il fut tué en 1959, sa jeep ayant sauté sur une mine. Toutefois, certains ont considéré
comme suspectes les circonstances de sa mort.
Sa femme, qui était aussi sa cousine, lui fut dans la Résistance d'un précieux concours. Elle dirigeait le service social
de l'A.S. lorsqu'elle fut mortellement blessée dans un accident de la route survenu aux environs de Montrond.
Le père de Mme Marey, André Marey, a été directeur d'école puis maire de la petite commune de Merle dans le canton
de Saint-Bonnet-le-Château d'où le colonel Marey était lui-même originaire.
Lucien Gidon, "La Résistance dans le Montbrisonnais, souvenirs…" Village de Forez n° 6, avril 1981
Embuscade du 5 mai 1961
Nous étions venus de la ferme Brincourt à l’École pour assister à un cours théorique sur je ne sais plus sur quel sujet.
Le cours terminé, vers 23 heures, nous nous apprêtions à embarquer et l’ordre fut donné d’approvisionner nos « moukahlas »*.
Je me souviens très bien m’être dit que pour aller de l’École à la ferme il était inutile que j’approvisionne pour désapprovisionner
si peu de temps après. J’embarquai donc dans ce bon vieux U 55 avec sa banquette centrale nous faisant voyager dos à dos, ayant
chacun un côté de la route dans son champ de vision. Il faisait froid, un vent frisquet nous faisant nous serrer les uns contre
les autres.
Pour quelle raison tout le monde n’était pas sur la banquette centrale ? Un camarade était assis au fond du camion, adossé à la
cabine, côté gauche dans le sens de la marche. Au bout d’un certain temps, voyant dans quel inconfort il se trouvait je lui proposai
de prendre ma place. Il refusa.
Quelques instants plus tard, des gerbes d’étincelles illuminèrent notre plateforme et de petits claquements secs crépitèrent autour
de nous. C’était l’embuscade. Ma position assise côté gauche faisait que j’étais de dos à l’attaque et que je ne vis pas tout de
suite les longues traînées incandescentes que faisaient les coups de départ.
Le camion s’immobilisa brutalement tous feux allumés. Erreur de pilotage ou blocage du moteur par balles ?
Quelqu’un cria : « Giclez ! ».Les reflexes acquis fonctionnèrent, ça ne traîna pas, mais c’était chaotique et il faisait nuit.
Les phares étaient-ils éteints ou cassés ? On se sautait dessus, les casques lourds roulaient au sol. Des EOR, côté droit, qui
étaient aux premières loges, « gueulaient » comme des sauvages et montaient à l’assaut. J’apprendrai plus tard qu’un camarade
qui, comme moi, n’avait pas approvisionné son arme, montait tout de même à l’assaut en hurlant comme un dément, à défaut de
pouvoir tirer.
Confusion certaine…halte au feu, des paroles, des chuchotements, je n’ai pas le souvenir de cris. Quelqu’un dit « y a des
blessés ».A côté de moi un camarade me dit souffrir du dos. Je lui répondis qu’il avait du prendre un copain sur les épaules
pendant la descente mouvementée. Comme il avait vraiment mal et qu’il insistait, je passai ma main sous son treillis et palpai
son dos. Je n’eus pas l’impression que c’était humide et dans l’obscurité je ne distinguais pas ma main. Je lui dis :
« c’est rien, tu n’es pas blessé ».En fait il s’avérera qu’il avait reçu deux ou trois chevrotines logées dans le muscle.
Je ne me souviens pas du nom de ce camarade qui était agrégé de russe.
Je passe sur le temps qui s’éternise, sur les gémissements, sur le froid. Mais faisait-il réellement froid ce 5 mai 1961 ?
Le bilan était sévère, mais il aurait pu être pire. Paul Arnoux qui était assis contre la cabine et à qui j’avais proposé ma
place est mort. Les deux camarades qui étaient de dos derrière moi ont été touchés. L’un, Pierre Coindre, décédera à l’hôpital
Maillot d’Alger le 12 05 1961.L’autre, Millet, blessé à la cuisse s’en tirera après avoir du subir une deuxième intervention
chirurgicale qui permettra d’extraire un corps étranger oublié lors de la première opération.
Quant au camarade aux chevrotines je ne sais ce qu’il est devenu.
Le lendemain lorsque nous avons examiné le camion nous avons pensé que, compte tenu du nombre d’impacts qu’on y relevait, y
compris sur les montants qui supportent la bâche, et du nombre probable de balles passées sans rien toucher, le bilan aurait
pu être beaucoup plus lourd encore.
* fusils
EOR André LAMY
Promotion 104 « Débarquement de Provence »
5e Section 2e Compagnie