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André Esprit Obsèques d'André Esprit
Chevènement à Cherchell
« L’élève officier Chevènement est prêt pour l’embarquement.Alger-la-Blanche n’est plus très loin. Printemps 1961. Quatre cents hommes s’entassent sur les quais de Port-Vendres qui regorgent de « bérets rouges des paras, calots bleus de l’infanterie, grands bérets cassés des chasseurs, calots rouges des spahis, mélange d’écussons et d’insignes, 1er de zouaves, 35e d’infanterie, parachutes de métal accrochés au revers du blouson marquant la provenance, les grands sacs marins bourrés jusqu’à la gueule. Destination Cherchell. »
Fini l’humidité des casernes de l’est de la France. Place à la chaleur. Cherchell est installée sur la côte méditerranéenne, à l’ouest d’Alger. L’école d’officiers de réserve d’infanterie est confortable. L’entraînement est dur et les accrochages toujours possibles. Il y en a quelques uns. C’est la guerre. La vraie. On y risque sa peau. Et puis il y a les accidents. « Les hommes qui sautaient sur nos propres mines comme cet instituteur bourguignon atrocement déchiqueté à cent mètres de moi. » …
Les semaines et les mois s’écoulent sous le soleil, dans la poussière et la rocaille. L’Algérie, comme ses camarades, il la découvre d’abord dans les jambes, dans l’effort physique pour lequel il n’avait jusqu’alors qu’un goût très modéré : « Nous faisions entre 40 et 45 kilomètres par jour, en portant un sac de 20 kilos sur le dos et un fusil-mitrailleur. Nous partions avec 5 litres d’eau et nous revenions avec le treillis complètement blanchi par le sel la transpiration. »Dur d’être soldat. Bien plus que d’être un étudiant brillant. Pourtant Jean-Pierre Chevènement garde de cet épisode un souvenir profond. Il apprend la vie au grand air. Il découvre et repousse à la fois ses limites physiques. L’adolescent prolongé devient un homme…
« Jean-Pierre Chevènement » Biographie Laurent Chabrun-Franck Hériot 2002- le cherche midi
Les derniers instants du sous-lieutenant Brulard
Article paru dans le N° 21 de juillet-août 1961 de « Citadelle », journal de L’Ecole Militaire d’Infanterie de Cherchell
Un document poignant
Le 31 mai, alors qu’il effectuait une ouverture de route, le sous-lieutenant Brulard sautait sur une mine, un obus de 105. Brulard avait eu les deux jambes sectionnées net à la hauteur des genoux, des éclats multiples dans le bas ventre, les yeux sérieusement touchés.Il était resté très lucide, oh ! Combien, mais souffrait d’une façon effroyable, en silence.Je restais à ses côtés en attendant l’arrivée de l’hélicoptère qui devait l’évacuer sur El-Milia. La première chose qu’il devait me dire c’était de vous écrire pour vous faire part de sa reconnaissance. Mais de sa souffrance, il n’a rien dit.
C’est dans le but de satisfaire aux dernières volontés du sous-lieutenant Jean-Pierre Brulard de la promotion « Capitaine Claude Barrès), mort au champ d’honneur,le 31 mai 1961, que le sous-lieutenant Grimaldi d’Esdra, chef de S.A.S. de la promotion « Reggan », stage 002, nous rapporte en quelques lignes bouleversantes, ses derniers instants
Malgré cette souffrance il conservait une attitude exemplaire. En effet, il me demandait si personne n’avait été blessé, si sa carabine avait été récupérée ; enfin il me demandait de prendre la clef de l’armement qu’il avait sur lui pour que les gars de sa section n’aient pas de difficultés pour remettre leurs armes au râtelier le soir.Pourtant avant que le toubib n’arrive avec le « ventilateur » son moral était assez bas, mais dès qu’il eut reçu piqûres de camphre et de morphine il me dit : « Ah ! Je vais mieux, maintenant je veux vivre ».
Le sort devait en décider autrement et à tout prendre je pense que, compte tenu de son état, c’était la meilleure chose qu’il puisse lui arriver en raison de ses terribles blessures.Mais jamais, et ce pendant une longue demi-heure de souffrance, Jean-Pierre Brulard n’a eu une parole amère. Dirai-je plus, il a soulevé l’admiration de tous les gars de sa section parmi lesquels beaucoup pleuraient.
Brulard était au 43e B.I.M.A. dans l’arrondissement de Collo depuis 15 jours à peine. Tout le monde ici avait été frappé par son dynamisme, son entrain. De plus, même les musulmans d’ici commençaient à lui accorder leur sympathie.Sous-lieutenant Grimaldi d’Esdra
A la demande du père du sous-lieutenant Brulard, le calot de tradition et l’insigne de Cherchell furent déposés sur le cercueil de notre ancien, lors de la levée du corps qui eut lieu à l’hôpital Maillot le 10 juin.Note : Ce document était en réalité une lettre dont le destinataire était le lieutenant François Raoul, instructeur de la septième section de la dixième compagnie à laquelle appartenait Jean-Pierre Brulard à l’Ecole de Cherchell dont il venait de sortir. En effet, le baptême de sa promotion « Capitaine Claude Barrès » avait eu lieu le 16 avril 1961.
Jean-Pierre Brulard avait 24 ans (né le 27 04 1937).Photo prise pendant le stage, communiquée par François RAOUL, instructeur de la promotion "Capitaine Claude Barrès"
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Franchissement de l'oued Bellah en crue (accès à la ferme Brincourt) : Sur la gauche : Jean Pierre Brulard (MPLF) , A droite : Alain Copel,Roger Stella et Jean Pierre Morvan(décédé) portant le lieutenant François Raoul .
Deux sous-lieutenants à la recherche de leur Bataillon
Promotion 102 Capitaine Claude BARRES
Le 16 avril 1961 nous sommes promus au grade de Sous Lieutenants, Jean Pierre BRULARD et moi-même.
A l’Amphicorps : nous choisissons le 43° Bima à Tlemcen près de la frontière marocaine. Algérois tous les deux nous avons une semaine de perm à Alger et nous nous retrouvons le 3 Mai au matin dans le train qui nous conduit à destination le soir même. Par chance le bureau
de garnison où nous nous rendons est encore ouvert, mais l’adjudant qui nous reçoit parait très perplexe « Le 43°…..pas dans l’coin !!
Revenez demain matin je me renseignerai d’ici là ». Tlemcen by night pas folichon. Et, le 4 au matin le même adjudant nous annonce que notre bataillon est stationné dans le Nord constantinois, presqu’île de Collo. C’est à dire de l’autre côté de l’Algérie vers la frontière tunisienne. Nous voilà donc à nouveau dans le train et le 5 au soir, surprise des parents, à Alger, de nous revoir si vite !!!!! Nous repartons le 6 sur Constantine puis sur Philippeville, toujours en train et là, nous prenons le bateau caboteur pour rejoindre le magnifique port de Collo. Finalement nous arrivons après quatre heures de route en convoi au PC du bataillon, à Aïn-Kechera, le 9 Mai vers treize heures. Notre entrée au mess au milieu du repas fut assez remarquée et les premiers mots d’accueil de notre Chef de Bataillon furent : « Où étiez-vous passés tous les deux ? On vous attends depuis huit jours » Après deux jours d’adaptation je rejoignais la troisième Cie, Jean- Pierre prenait le Commandement du Cdo de chasse de la 4 °. Nous étions le 12 Mai 1961. Le 31 mai le Sous Lieutenant BRULARD sautait sur une mine au cours d’une ouverture de route. Le 10 juin il était inhumé à Alger. Il recevait à titre posthume la croix de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.Lt Colonel (h) Yves Salom
Le Colonel Marey
Si son prédécesseur n’avait pas laissé pas de traces profondes de son passage, le Colonel Marey, lui, devait dès sa prise de commandement imprimer à l’École la marque de sa forte personnalité.Ce petit homme sec, au visage souriant, à la voix métallique légèrement nasillarde, appartenait à la race des missionnaires.Sincèrement chrétien, il avait emprunté sa devise à Charles de Foucault :“Je veux habituer tous les habitants de ce pays:chrétiens, musulmans, juifs ou idolâtres, à me considérer comme leur frère, leur frère universel...”
Et s’il était amené à faire la guerre, c’était —après beaucoup d’autres— pour gagner la Paix.“ Écoutez ceux dont les cœurs vous disent : - Que le temps de la guerre est du temps perdu - Que la paix est le bien suprême des hommes - Que les hommes sont faits pour s’aimer les uns les autres,pour s'aider, pour se respecter...”
demandait-il à l’occasion du Ramadan aux musulmans du secteur d’El Milia qu’il devait commander l’année suivante. Il faut lui concéder que cette paix, il ne la concevait que dans le partage équitable des richesses et du pouvoir. L’Algérie française qu’il défendait n’était pas celle des colons égoïstes et racistes dont les excès avaient conduit à l’insurrection. C’était une utopie fort respectable, fondée sur le vieux principe républicain de liberté, d’égalité, de fraternité. Avec d’autres officiers idéalistes, il était persuadé que seule la France pouvait apporter à l’Algérie alors déchirée par la guerre civile cette justice qui lui avait tant fait défaut jusqu’alors. Et qu’il n’était pas encore trop tard pour le faire. Seuls des hommes de sa trempe auraient pu conserver l’Algérie à la France ou tout au moins favoriser l’instauration d’une Algérie franco-algérienne. C’est pourquoi il était autant haï par les indépendantistes du F.L.N.pour lesquels il était plus redoutable qu’un Trinquier ou un Massu que par les ultras de l’Algérie -colonie-française.Marey était un enfant du peuple. Né dans une modeste famille nombreuse,il n’était venu à la carrière militaire qu’occasionnellement. Ses études, il les avait faites comme boursier d’État pour les terminer à l’École Normale d’Instituteurs de Montbrison,dans la Loire. Le service militaire ayant fait de lui un officier, il y avait pris goût et ne devait plus quitter l’uniforme, s’illustrant dans la Résistance comme chef de l’Armée Secrète puis des F.F.I. de la Loire et plus tard en Algérie comme commandant d’un régiment de zouaves devenu adjoint du Colonel Godard (bombardé par Massu chef du Secteur Alger-Sahel) chargé du 2ème bureau, au cours de la “bataille d'Alger”. Désormais placé à la tête de l’École Militaire de Cherchell, il allait profondément bouleverser les vieilles habitudes pour mieux nous préparer sur le plan physique et technique à la rude existence qui attendait la plupart d'entre nous en même temps qu’il essaierait discrètement de nous communiquer un peu de son ardeur apostolique et de nous donner à tous la foi dans notre mission pacificatrice de soldats de la République. Tel Napoléon à la veille d’une bataille, il recherchait avec nous le contact direct. 0n le voyait apparaître à nos côtés un peu partout, aussi bien dans les couloirs et les chambres que dans les cours ou sur le terrain, ce que nous n’appréciions alors que très modérément. Désireux de connaître concrètement chacun de ses hommes, il manquait rarement, le soir, d’inspecter la garde montante et de se faire présenter les uns et les autres. Il apostropha un jour H., l’un de mes bons camarades de Nouvion. “ — Et vous, que faites-vous dans la vie civile ? — Je suis instituteur, mon Colonel. — C'est un beau métier. — Le plus beau, mon colonel ! — Oui, le plus beau... (Un sourire) ...après celui d’officier !” Il devait tomber dans une embuscade, le 28 mars 1959, à 9h15, à la sortie d’El Milia (Nord-Constantinois), salué avec tristesse par J.J.S.S. dans un édito de l’Express. En apprenant la nouvelle, je me suis souvenu d’une sortie que j’avais faite au lendemain de la visite du général. J’étais parti dans l’après-midi escorter un lieutenant dans le djebel côtier — agréable promenade en jeep parmi des bois de pins, sur des sentiers ombragés et parfumés... Il s’agissait de reconnaître le terrain en vue d’un exercice de “combat”. L’endroit était bien choisi pour étudier l’embuscade: des rebelles en avaient tendu une, mortelle, à un groupe semblable au nôtre, l’année précédente dans les parages. Ce jour-là, il n’y avait rien à craindre : la région était “pacifiée”. On aurait pu se croire en vacances. Pas un souffle de vent. A l’arrêt, pas un bruit. On pouvait écouter chanter les oiseaux et bourdonner quelques abeilles sauvages sur les fleurs déjà nombreuses!
On pouvait écouter chanter les oiseaux et bourdonner quelques abeilles sauvages sur les fleurs déjà nombreuses!
Et en bas, au lointain, au milieu de la mer immense et calme, un bateau minuscule et blanc glissait sous un panache de fumée... Était-ce dans une telle paix que s’était achevée l’existence du colonel Marey ? Bien que recherchant les contacts personnels, notre nouveau colonel n’avait rien d’un démagogue. Si la plupart d’entre nous honorent aujourd’hui sa mémoire, nous n’avons que bien tardivement éprouvé cette espèce d’estime et de respect affectueux que nous portons aujourd’hui à son souvenir.Jean Mourot
SOUS LES DRAPEAUX DE DEUX RÉPUBLIQUES
(Extrait de À Cherchell avec ceux de la 803)
La Résistance à Montbrison
Souvenirs En cet été de l'année 1944 alors que, partout dans le monde déferlaient les vagues puissantes de la seconde Guerre Mondiale, la petite route agreste qui après avoir quitté Montbrison par l'ouest puis suivi le cours du Vizézy jusqu'à La Guillanche, partait à l'escalade des Monts du Forez, était devenue le théâtre d'une animation inaccoutumée. … Il y avait tout d'abord implantée dans le village même de Roche une formation de l'A.S. (Armée secrète) puis, plus haut, près du village de Lérigneux, une unité de F.T.P. (Francs-tireurs et partisans). Enfin, encore plus haut au col de Baracuchet, à la limite du département du Puy-de-Dôme, stationnaient les hommes du groupe Ange. … Le maquis de Roche avait été placé sous les ordres d'un énergique officier de gendarmerie, Millon, lieutenant de la Garde mobile (aujourd'hui Gendarmerie mobile). … Au maquis de Roche on pouvait rencontrer un personnage fort pittoresque et d'ailleurs fort sympathique, Guillot, tel était son nom, mais on l'appelait "'la Doublure". Ancien de la Légion étrangère il avait à la manière de ses anciens camarades cousu une bande blanche autour de son képi, car il avait hérité d'un képi de gendarme ce qui ne lui plaisait pas du tout. Du coup la mode était lancée. Elle fit fureur. Tous les gars du maquis de Roche arborèrent le képi blanc puis, à leur exemple, tous ceux des autres formations de l'A.S. à commencer par leur chef à tous, le commandant Hervé, de son vrai nom Jean Marey. Chef au pouvoir charismatique le commandant Marey était très populaire auprès de ses hommes et, aussi bien, savait cultiver sa popularité. Il s'était façonné un personnage quelque peu mythique. Aussi le port du képi blanc n'était pas pour lui déplaire et il l'avait adopté d'emblée. Par ailleurs il ne se séparait jamais de sa carabine qui arborait en toute circonstance si bien qu'elle était arrivée à faire corps avec son personnage. A ce propos je me souviens de l'avoir, un jour, rencontré fortuitement alors que les combats de la Libération avaient cessé et que nulle cérémonie, nulle manifestation ne pouvaient l'inciter à arborer son arme favorite. C'était par un beau jour de septembre et on venait – hélas ! - d'autoriser à nouveau la chasse. Marey était de petite taille mais il n'en perdait pas un seul pouce. Moi je le regardais de toute ma hauteur, l'œil rivé sur l'extrémité du canon de sa carabine et lui dis tout à trac : "Vous aussi mon Commandant, vous allez à la chasse". Il me regarda tout d'abord d'un œil torve puis éclata de rire car il avait le sens de l'humour. Ancien instituteur Jean Marey avait abandonné l'enseignement pour l'armée. Il était capitaine au 5e R.I. à Saint-Étienne lorsqu'il s'engagea dans la Résistance devenant commandant des formations de l'Armée secrète de La Loire puis chef départemental des F.F.I. A la Libération, les unités F.F.I. ayant été intégrées dans l'armée régulière, le commandant Jean Mary combattit en Alsace et en Allemagne jusqu'à l'Armistice. Devenu colonel, il exerça divers commandements et devint, notamment en Autriche occupée par les Alliés, le chef militaire du secteur français de Vienne. Par la suite, il commanda l'école militaire de Cherchell puis, pendant la guerre d'Algérie, la subdivision militaire de Guelma. C'est au cours de cette guerre qu'il fut tué en 1959, sa jeep ayant sauté sur une mine. Toutefois, certains ont considéré comme suspectes les circonstances de sa mort. Sa femme, qui était aussi sa cousine, lui fut dans la Résistance d'un précieux concours. Elle dirigeait le service social de l'A.S. lorsqu'elle fut mortellement blessée dans un accident de la route survenu aux environs de Montrond. Le père de Mme Marey, André Marey, a été directeur d'école puis maire de la petite commune de Merle dans le canton de Saint-Bonnet-le-Château d'où le colonel Marey était lui-même originaire. Lucien Gidon, "La Résistance dans le Montbrisonnais, souvenirs…" Village de Forez n° 6, avril 1981
Embuscade du 5 mai 1961
Nous étions venus de la ferme Brincourt à l’École pour assister à un cours théorique sur je ne sais plus sur quel sujet. Le cours terminé, vers 23 heures, nous nous apprêtions à embarquer et l’ordre fut donné d’approvisionner nos « moukahlas »*. Je me souviens très bien m’être dit que pour aller de l’École à la ferme il était inutile que j’approvisionne pour désapprovisionner si peu de temps après. J’embarquai donc dans ce bon vieux U 55 avec sa banquette centrale nous faisant voyager dos à dos, ayant chacun un côté de la route dans son champ de vision. Il faisait froid, un vent frisquet nous faisant nous serrer les uns contre les autres. Pour quelle raison tout le monde n’était pas sur la banquette centrale ? Un camarade était assis au fond du camion, adossé à la cabine, côté gauche dans le sens de la marche. Au bout d’un certain temps, voyant dans quel inconfort il se trouvait je lui proposai de prendre ma place. Il refusa. Quelques instants plus tard, des gerbes d’étincelles illuminèrent notre plateforme et de petits claquements secs crépitèrent autour de nous. C’était l’embuscade. Ma position assise côté gauche faisait que j’étais de dos à l’attaque et que je ne vis pas tout de suite les longues traînées incandescentes que faisaient les coups de départ. Le camion s’immobilisa brutalement tous feux allumés. Erreur de pilotage ou blocage du moteur par balles ? Quelqu’un cria : « Giclez ! ».Les reflexes acquis fonctionnèrent, ça ne traîna pas, mais c’était chaotique et il faisait nuit. Les phares étaient-ils éteints ou cassés ? On se sautait dessus, les casques lourds roulaient au sol. Des EOR, côté droit, qui étaient aux premières loges, « gueulaient » comme des sauvages et montaient à l’assaut. J’apprendrai plus tard qu’un camarade qui, comme moi, n’avait pas approvisionné son arme, montait tout de même à l’assaut en hurlant comme un dément, à défaut de pouvoir tirer. Confusion certaine…halte au feu, des paroles, des chuchotements, je n’ai pas le souvenir de cris. Quelqu’un dit « y a des blessés ».A côté de moi un camarade me dit souffrir du dos. Je lui répondis qu’il avait du prendre un copain sur les épaules pendant la descente mouvementée. Comme il avait vraiment mal et qu’il insistait, je passai ma main sous son treillis et palpai son dos. Je n’eus pas l’impression que c’était humide et dans l’obscurité je ne distinguais pas ma main. Je lui dis : « c’est rien, tu n’es pas blessé ».En fait il s’avérera qu’il avait reçu deux ou trois chevrotines logées dans le muscle. Je ne me souviens pas du nom de ce camarade qui était agrégé de russe. Je passe sur le temps qui s’éternise, sur les gémissements, sur le froid. Mais faisait-il réellement froid ce 5 mai 1961 ? Le bilan était sévère, mais il aurait pu être pire. Paul Arnoux qui était assis contre la cabine et à qui j’avais proposé ma place est mort. Les deux camarades qui étaient de dos derrière moi ont été touchés. L’un, Pierre Coindre, décédera à l’hôpital Maillot d’Alger le 12 05 1961.L’autre, Millet, blessé à la cuisse s’en tirera après avoir du subir une deuxième intervention chirurgicale qui permettra d’extraire un corps étranger oublié lors de la première opération. Quant au camarade aux chevrotines je ne sais ce qu’il est devenu. Le lendemain lorsque nous avons examiné le camion nous avons pensé que, compte tenu du nombre d’impacts qu’on y relevait, y compris sur les montants qui supportent la bâche, et du nombre probable de balles passées sans rien toucher, le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd encore. * fusilsEOR André LAMY Promotion 104 « Débarquement de Provence » 5e Section 2e Compagnie